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Il était arrivé du Stade de Reims avec une étiquette de « neuf et demi », vaguement polyvalent, sur les épaules. Le staff nancéien attendait bien plus que cela de sa recrue, persuadé qu'elle avait le talent et le coffre pour élargir son domaine de compétence et d'intervention. La mue n'a pas été simple. Elle s'est étalée sur l'ensemble de la saison 2008-2009. Avec pas mal de bas et quelques hauts. Dur à vivre. « J'ai douté. J'avais du mal à trouver ma place, pas seulement en match, à l'entraînement aussi. Je me demandais si j'allais y arriver tout en étant certain d'avoir fait le bon choix », avoue Julien Féret.
Avec intelligence, le Breton de souche a su s'adapter et corriger son jeu. « Mon âge, mon vécu et la répétition des matches m'y ont aidé », confie-t-il. Les fidèles de Picot ont assisté à sa transformation. Progressivement, l'ancien Rémois a troqué sa tunique d'intermittent pour celle de milieu à tout faire, complet et travailleur. « J'ai commencé à réussir à le faire la saison dernière. Mais c'était juste sur un match. En fin de saison, ça commençait à ressembler à quelque chose. C'était plus visible dans la durée », se souvient-il.
Le plus compliqué ne fut pas de changer de rôle. « On s'adapte assez vite. Après, la difficulté, c'est d'être performant », précise-t-il. Et justement, enchaîner les matches de qualité, c'est ce qu'il arrive désormais à faire. Pour y parvenir, il a dû effectuer un travail sur soi. « Quand on ne joue pas, il faut comprendre pourquoi. Le staff te donne des pistes, mais il faut aussi comprendre des choses par soi-même. L'an passé, à un moment, je n'y arrivais pas. Aujourd'hui, je sais quoi faire. J'ai mûri dans la capacité à analyser mon jeu. » Et du même coup, à l'améliorer.

Reculer d'un cran pour endosser des fonctions plus élargies dans l'entre-jeu ne lui a pas posé de problème. « J'ai déjà joué neuf et demi, sur le côté et, maintenant, numéro six. En fait, le milieu, c'est mon jardin. Mais, être positionné dans l'axe, c'est mieux pour moi. L'angle de perspective est plus ouvert », poursuit-il. Un repositionnement adapté à ses qualités. En plus, il avait quelques restes. « Je l'ai déjà fait à Rennes, au centre de formation. Je jouais numéro six à côté d'Etienne Didot. »
Ce qu'il a dû vraiment acquérir, c'est le replacement, le pressing et les efforts répétés pour quadriller sa zone. « Ça, défendre, je ne l'avais pas. C'est quelque chose qui vient avec le temps. Quand on mûrit, on comprend. Cela ne suffit pas d'être performant offensivement, surtout à ce poste-là et dans ce club-là », dit-il, un sourire complice barrant son visage. En contrepartie, le poste offre d'autres avantages. « Il y a beaucoup de liberté. Parfois, cela donne même l'impression que je joue numéro dix. Alfred aussi. En fait, c'est un triangle qui évolue avec Pascal comme libero du milieu », explique-t-il.
Restait à travailler physiquement pour tenir la cadence. « J'ai trouvé le rythme », glisse-t-il. Désormais, il peut avaler entre 11 et 12 kilomètres dans un match sans décliner. Il a même fait une pointe à 12,4 kilomètres lors du match aller face à Sochaux. Son record en la matière. « Mais c'est mon maximum. Je ne serai jamais Pascal (Berenguer). Je n'ai pas ses qualités », ajoute-t-il.
On ne lui en demande pas tant. Le fait d'avoir apprivoisé son nouveau terrain de jeu et d'être toujours plus performant dans son rôle de milieu à tout faire suffit largement. Sa mue est-elle transportable ? Son exemple peut-il servir à d'autres, notamment à tous ceux qui, comme lui, ont rejoint l'ASNL en provenance de Ligue 2 ? « Pour s'adapter, il faut enchaîner les matches. J'ai eu cette opportunité en deuxième partie de saison l'an passé », répond-il. « Cette saison est un peu différente. Les nouveaux ont joué au début. Ils ont eu une opportunité. Là, une équipe s'est dégagée depuis décembre. C'est plus difficile d'y rentrer. Donc plus compliqué de s'adapter. » Mais la roue tourne vite. Julien en sait quelque chose. L'an dernier, il avait dû patienter avant de devenir titulaire et d'étoffer son jeu. A moins que ce ne soit l'inverse...