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Incapable de rentabiliser une bonne demi-douzaine d’occasions franches, l’ASNL a encore fauté. Elle joue un drôle de jeu avec sa santé. L’heure est grave.

 

 Pour faire le tour de ce derby, on empruntera tout d’abord son analyse à Francis Gillot : « Autant on ne devait pas perdre à l’aller, autant ce soir, Nancy ne méritait pas son sort. A l’arrivée, ça s’équilibre… ». Sur le fond, l’entraîneur sochalien doit avoir raison, en attendant, pendant que son équipe décrochait son maintien et s’excitait même à l’idée de rejoindre l’Europa League, Nancy rétropédalait le long de la falaise. On aura beau se dire qu’il n’y a décidément pas beaucoup d’écart entre une douzaine d’équipes de ce championnat atypique, cela ne changera rien aux angoisses qui s’installent aujourd’hui dans la maison au Chardon.

Ce match l’aura donc illustré. Si ça consolera certains, la constatation peut aussi en inquiéter d’autres, l’ASNL a dominé son voisin, territorialement mais surtout au nombre d’occasions de but. Mais cet ascendant est resté inutile comme une semaine plus tôt face aux cancres d’Arles-Avignon. Même motif et même punition, l’ASNL a dilapidé son crédit dans une attitude dispendieuse indécente en ces temps d’examen.

Un tir sur le poteau pour Hadji (10’), un penalty offert à Richert par Traoré (55’), un but grand ouvert devant Cuvillier absolument seul (53’), un autre penalty oublié pour une faute de Perquis sur Diakité (4’) et des face-à-face perdus ou gaspillés par Hadji (18’, 31’, 36’, 70’), Andre Luiz (57’) et un ultime centre de Vahirua (73’). Une indigeste gabegie qui mit évidemment Richert en feu et l’ASNL en larmes. Elle aura tiré 21 fois au but pour ne pas marquer. Son adversaire a eu besoin d’un bilan autrement plus succinct pour se donner du bonheur. Tranquille.

Butin sur un contre grillait Lotiès à la course (c’est plutôt rare) et mystifiait Grégorini au coin du poteau (11’). C’était déjà fini, on ne le savait pas encore.

Nancy devait s’époumoner ensuite 80 minutes derrière ce handicap et plutôt bien convertir son organisation ultra-défensive (sans Féret, ni Vahirua) en une version conquérante. Et surtout capable d’éteindre par son activité, le mouvement des techniciens sochaliens, il est vrai vite rassasiés par les événements.

Qu’a-t-il manqué une fois de plus, de trop à Nancy ? L’essentiel tout bêtement, ce geste final qui caractérise les équipes bien dans leur peau. Sereines, harmonieuses mais surtout ambitieuses et déterminées. Avec évidemment la répétition d’un mal sournois sur la faiblesse extrême de la finition, on ne peut plus se contenter des explications ponctuelles. Le classement, lui, en tout cas, est impitoyable avec ces manquements ; mentalement l’ASNL est touchée. Elle ne se s’avoue qu’à moitié et cherche toujours sa voie. Elle est sortie meurtrie et même perdue de ce round, se cacher la vérité plus longtemps serait une lâcheté, la Ligue 2 l’aimante. Sa faiblesse de caractère dans les moments cruciaux du jeu la désigne tout naturellement pour le convoi mortuaire et le cruel déficit de stabilité et d’équilibre donne l’impression qu’elle navigue à vue.

A la sortie, les joueurs étaient en tout cas éprouvés. On mélangeait encore une fois les états d’âme avec l’analyse, « Je suis si triste… », disait par exemple Andre Luiz, pendant que Correa tentait vaille que vaille de maintenir sa ligne de conduite culottée, trouvant refuge dans des statistiques qui étaient exactement contraires au temps de la splendeur !

Mais l’entraîneur, le premier, sait que son équipe ou ce qu’il en reste, file un mauvais coton. Il a décidé de ne pas crier au loup. Est-ce la bonne méthode ? Le régime aura en tout cas usé son président qui est sorti de Bonal sans un mot si ce n’est pour Canal +, « je suis fatigué, ce football me fatigue ». On l’aura rarement vu aussi affecté, ce qui confortait le témoignage d’un ancien, Benjamin Gavanon : « J’ai rarement vécu une situation aussi noire même si on a déjà connu des moments difficiles par le passé… ». Une similitude qui ne rassure qu’à moitié car cette ASNL promise à la disparition a-t-elle toujours les mêmes ressources ? On en doute. « Je pense que Nancy va se sauver ! », a quand même pronostiqué Francis Gillot dans un élan de bonté. Il était d’humeur plus généreuse que ses joueurs.

Christian FRICHET